Gouverner autrement : pour une santé tournée vers le bien commun
Par Olivier Toma, expert RSE et santé environnementale, directeur de programme de l’Executive Certificate : Piloter la RSE en santé.
Nous avons parcouru, au fil de cette série, les grandes transformations auxquelles le secteur de la santé doit désormais faire face.
S’adapter au changement climatique, aux évolutions démographiques et aux transformations technologiques.
Mais aussi atténuer nos impacts sur le climat, améliorer les conditions de travail de celles et ceux qui prennent soin, préserver les ressources naturelles.
Nous avons parlé de décarbonation, de qualité de vie et de santé au travail, de ressources, d’écoconception des soins.
Comment gouverner ces transformations ?
Il reste une question, peut-être la plus structurante de toutes : « comment gouverner ces transformations » ?
Car aucune transition ne se décrète. Elle ne peut pas reposer uniquement sur de nouvelles réglementations, de nouveaux indicateurs ou de nouveaux plans d’action.
Elle suppose une autre manière de décider, de travailler ensemble et de faire vivre les organisations.C’est ici que la notion de gouvernance partagée prend tout son sens.
Elle ne signifie pas que tout le monde décide de tout.
Elle signifie que celles et ceux qui sont concernés par une transformation peuvent contribuer à la penser, à la mettre en œuvre et à en évaluer les effets.
Professionnels de santé, patients et usagers, directions, fonctions supports, fournisseurs, partenaires, acteurs du territoire : chacun détient une partie de la réalité et donc une partie de la solution.
Cette évolution appelle aussi une nouvelle vision du management.
Le modèle du « petit chef », fondé sur le contrôle, la verticalité et la concentration de la décision, appartient progressivement à une autre époque.
Non pas parce que l’autorité n’aurait plus sa place.
Mais parce que la complexité du monde ne peut plus être pilotée par quelques personnes qui pensent savoir, pendant que les autres exécutent.
Les organisations de santé ont besoin de confiance .De confiance dans les compétences . De confiance dans l’intelligence collective. De confiance dans la capacité des professionnels à proposer, à expérimenter, à alerter et parfois à remettre en question les habitudes.
Le rôle du manager évolue alors profondément.
Il ne s’agit plus seulement de donner des directives et de contrôler leur application. Il s’agit de créer les conditions permettant à chacun de contribuer à la réussite collective, de donner du sens, d’arbitrer lorsque cela est nécessaire et de maintenir le cap.
Cette évolution rejoint une voie qui m’est particulièrement chère : le Kyosei.
Le mot japonais peut se traduire par « vivre et travailler ensemble pour le bien commun ».
Il ouvre une perspective intéressante pour les organisations : sortir d’une logique où chacun défend son périmètre pour construire progressivement une culture de coopération, de responsabilité et d’interdépendance.
Le Kyosei ne propose pas une recette managériale.
Il invite à changer de regard.
À considérer que la performance d’une organisation ne peut plus être séparée de son impact sur les personnes, sur le territoire et sur les générations futures.
C’est précisément là que la RSE cesse d’être un sujet supplémentaire confié à une personne ou à une direction. Elle devient une manière de gouverner.
Gouverner en intégrant les enjeux climatiques dans les décisions.
Gouverner en considérant la santé et les conditions de travail comme des facteurs de performance durable.
Gouverner en préservant les ressources dont dépend l’organisation.
Gouverner en questionnant la pertinence des soins et leur empreinte.
Gouverner enfin en associant davantage celles et ceux qui font vivre le système au quotidien.
Cette gouvernance ouverte demande du courage.
Car elle oblige à abandonner certaines certitudes, à accepter de partager une partie du pouvoir et à reconnaître que les meilleures réponses peuvent parfois venir de là où on ne les attend pas.
Mais elle offre aussi une formidable opportunité : réconcilier performance, sens et bien commun.
C’est peut-être cela, au fond, la véritable transformation attendue du secteur de la santé.
Ne pas simplement adapter nos organisations au monde qui vient.
Mais apprendre à les gouverner autrement pour construire le monde dans lequel nous voulons vivre.
C'est tout le sens d'une formation comme Piloter la RSE en santé
donner aux professionnels une vision à 360° des transformations à conduire, mais surtout leur permettre de passer de la compréhension des enjeux à leur mise en œuvre concrète.
Car demain, la question ne sera plus seulement :
« Quelle organisation voulons-nous être ? »
Elle sera aussi :
« Quelle contribution voulons-nous apporter au bien commun ? »
Et si la santé, justement parce qu’elle prend soin des autres, devenait l’un des secteurs capables d’ouvrir cette nouvelle voie ?