Le pouvoir du Récit : Pourquoi l’influence est le moteur caché de la transition énergétique

Par Thierry VINCENT, Directeur du MBA Management de la Transition Énergétique De Vinci Executive Education

Dans cette tribune, Thierry Vincent, directeur du MBA Management de la Transition Énergétique, analyse le rôle croissant de l’influence dans la réussite des politiques énergétiques. Entre souveraineté, acceptabilité sociale et compétition internationale, il montre pourquoi la transition énergétique se joue désormais autant sur le terrain des récits et des perceptions que sur celui des technologies.

À l’heure où les rapports du GIEC se succèdent et où les tensions géopolitiques redéfinissent les cartes du monde, la transition énergétique ne se joue plus seulement dans les laboratoires ou les centrales. Elle se gagne sur le terrain de l’influence.

Entre lobbying industriel, acceptabilité sociale et « soft power » climatique, l’énergie est devenue l’épicentre d’une guerre des récits où la stratégie de communication est aussi cruciale que l’innovation technologique

L’énergie comme objet de pouvoir : de la technique à la stratégie

Longtemps cantonnée à des arbitrages technico-économiques, la question énergétique est aujourd’hui le prisme par lequel passent toutes les politiques publiques. Comme le soulignent les enseignements de stratégie, l’influence n’est pas une simple « communication » ; c’est la capacité à modifier la perception des enjeux pour orienter les décisions.

Dans le cadre de la transition, cette stratégie d’influence répond à trois impératifs majeurs :

  1. La légitimation de la contrainte : faire accepter que la sobriété ne soit pas une régression, mais une résilience.
  2. La réorientation des flux de capitaux : utiliser le plaidoyer pour convaincre les marchés que le risque climatique est un risque financier majeur.
  3. La bataille des standards : imposer des normes (bas carbone, taxonomie verte) pour protéger ses industries nationales face à la concurrence internationale.

International : La transition comme nouvelle arme de « Soft Power »

L’actualité internationale marquée par la compétition féroce entre l’Inflation Reduction Act (IRA) américain, le Pacte Vert européen et la domination chinoise sur les métaux critiques — démontre que l’énergie est le nouveau terrain de l’influence géopolitique.

Ici, la stratégie d’influence consiste à projeter un modèle. Quand les États-Unis subventionnent massivement leur industrie verte, ils n’agissent pas seulement sur leur économie : ils exercent une force d’attraction sur les entreprises européennes, les poussant à délocaliser. La réponse européenne, souvent perçue comme trop bureaucratique, souffre d’un déficit de « récit mobilisateur ». L’influence internationale se joue désormais sur la capacité d’un État à apparaître comme le champion de la « souveraineté décarbonée », attirant ainsi les talents, les investissements et les alliances diplomatiques.

 

National : Le défi de l’acceptabilité et la fin du consensus passif

En France, le débat sur la relance du nucléaire versus le déploiement accéléré du renouvelable illustre parfaitement la nécessité d’une stratégie d’influence territoriale. Le temps où les décisions étaient prises de manière descendante (« Top-Down ») est révolu.

L’actualité nationale, cristallisée autour des débats sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), montre que chaque projet (parc éolien offshore, mine de lithium, nouvelle ligne THT) se heurte à des contre-stratégies d’influence portées par des collectifs locaux ou des groupes d’intérêt. Sans une stratégie d’influence éthique et transparente — basée sur la concertation, la pédagogie des risques et le partage de la valeur — la transition se fracasse contre le mur de l’opposition sociale. L’enjeu n’est plus de « convaincre », mais de construire une coalition d’acteurs (élus, citoyens, industriels) autour d’un destin énergétique commun.

Comment construire une stratégie d’influence efficace ?

Pour transformer les intentions en réalités concrètes, Emmanuelle Garault, intervenante dans le MBA Management de la transition énergétique au sein de De Vinci Executive Education, propose d’activer quatre leviers :

  • La cartographie des parties prenantes : Identifier non seulement les alliés, mais surtout les « acteurs de veto » pour anticiper les points de blocage.
  • Le contre-lobbying factuel : Face aux fake news énergétiques et au greenwashing, l’influence doit s’appuyer sur une rigueur scientifique inattaquable (données de l’ADEME, du RTE, etc.).
  • Le narratif de la souveraineté : Relier la décarbonation à la sécurité nationale. La transition n’est plus seulement une urgence écologique, c’est la condition de notre indépendance face aux régimes extracteurs de fossiles.
  • L’alliance des contraires : Créer des coalitions hybrides (ONG et industriels) pour donner une crédibilité maximale aux messages portés auprès des décideurs politiques.

La transition énergétique est une révolution industrielle qui ne dit pas son nom. Mais contrairement aux révolutions précédentes, elle est contrainte par le temps et les limites planétaires. Dans cette course contre la montre, la stratégie d’influence est l’huile dans les rouages : elle permet de transformer la résistance en mouvement et l’incertitude en stratégie. Maîtriser l’énergie de demain, c’est avant tout maîtriser le récit que nous en faisons aujourd’hui.

À propos de Thierry Vincent

Cette conviction est portée par Thierry Vincent, directeur du MBA Management de la Transition Énergétique. Depuis plus de 30 ans, il accompagne les transformations liées à l’environnement, au développement durable et à l’énergie, au sein d’institutions françaises et européennes comme auprès des entreprises. Son approche repose sur une idée simple : la transition énergétique est avant tout un enjeu de souveraineté. Dans un contexte de dépendance énergétique et de décarbonation de l’économie, il défend la nécessité de former des professionnels capables de comprendre la complexité des systèmes énergétiques, d’identifier les ruptures à venir, de piloter des projets de transformation et d’embarquer l’ensemble des parties prenantes.

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Le MBA Management de la Transition Énergétique  forme les futurs décideurs capables de piloter les transformations énergétiques des entreprises, des collectivités et des territoires.

✔ Maîtriser les enjeux de la transition énergétique et de la décarbonation
✔Piloter des projets d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables
✔Intégrer les dimensions financières, réglementaires et stratégiques des projets
✔Accompagner les organisations dans leurs démarches de transformation durable
✔Développer une vision globale des enjeux énergétiques, économiques et territoriaux

Formation en présentiel • 1 an en part-time • 1 semaine par mois • Titre RNCP niveau 7